NOVELISTS : Le Chapitre Noir

Après une découverte équivalente à une claque lors de la sortie de leur premier EP en 2014, puis un rappel des plus musclés avec « Souvenirs » en 2015, Novelists revient le 8 septembre 2017 avec le très attendu « Noir ».

Entretien avec Nicolas Delestrade (basse) peu de temps avant la sortie officielle du nouvel album.


Qu’il s’agisse de l’EP Demos ou de Souvenir, l’instrumentalisation technique a toujours été de pair avec les paroles tout autant touchantes. Pourtant, les deux premiers singles qui nous ont été présentés semblaient prendre une direction un brin plus mélancolique que ce que l’on connaissait jusque-là. Le nom de l’album y est-il pour quelque chose ?

Nicolas : Ce n’est pas forcément voulu. Le premier morceau qu’on a sorti, The Light, The Fire, est très mélancolique et triste, mais je ne trouve pas spécialement que le second, Under Different Welkins, le soit. Il est assez rapide, plus pêchu. Souvenirs et notre EP étaient assez tristes aussi, je pense que c’est en cohérence avec ce qu’on a fait avant car on a toujours gravité autour de ce sentiment de mélancolie, de nostalgie.

 

Quel a été la direction du groupe durant la composition de l’album ?

Nicolas : On avait le concept des quatre chapitres depuis la sortie de Souvenirs. On a vraiment voulu avoir quatre émotions différentes représentées sur l’album. A la base on avait prévu d’écrire des paroles en suivant ces quatre émotions, avec notamment un chapitre plus joyeux, puis on s’est rendus compte que Mattéo n’était pas très à l’aise dans l’écriture de paroles plus « positives », et on ne voulait pas le forcer à écrire quelque chose dans lequel il ne se reconnaîtrait pas. Au final on est arrivés à un album globalement très sombre au niveau des paroles, même si on avait respecté notre concept au niveau de l’instrumentalisation. C’est à ce moment-là qu’on s’est rendus compte qu’on avait un album plus sombre, et qu’on a décidé d’appeler l’album Noir.

« […] Quand tout le monde commence à suivre une mode,

c’est que cette mode est morte. »

 

Bien qu’assez propres à un genre en lui-même, vos mélodies restent assez uniques, ce qui séduit quasi-automatiquement vos fans. Comment composez-vous en tant que groupe ?

Nicolas : Ce qu’on a essayé de faire, et qu’on a réussi à faire je pense, c’est de créer notre propre identité. On voulait que les gens puissent nous reconnaître directement en écoutant nos morceaux, bien qu’on en ait des très calmes ou au contraire des plus bourrins, des plus techniques… On va dans plusieurs directions différentes mais au final, quand tu écoutes du Novelists, tu sais que c’est Novelists. C’est pour ça qu’on va toujours retrouver ce côté « classique » dans nos morceaux, par rapport à d’autres groupes qui changent totalement d’un album à un autre qui n’ont pas forcément trouvé d’identité propre. On a essayé de créer la nôtre, qui reste fidèle à elle-même malgré notre évolution à travers le temps.

 

On voit apparaître depuis quelques années de plus en plus de groupes de djent et metalcore, qui pour beaucoup, ont assez souvent les mêmes sonorités. Vous arrivez pourtant à vous différencier, pourquoi d’après toi ?

Nicolas : On a essayé, notamment sur cet album, de partir de la catégorie « djent ». Je n’ai jamais considéré qu’on en faisait partie, c’est une étiquette qui m’a toujours énervé. J’écoute des groupes qui jouent de ce style et que j’adore, mais à partir du moment où le djent est devenu une mode, ça m’a gêné que tout le monde fasse la même chose, d’où mon souhait encore plus fort de sortir de ce genre. Pour The Light, The Fire, on a fait quelque chose de très rock, avec une production beaucoup plus simple et moins technique. On voulait juste suivre nos envies et ne pas composer selon une tendance, ne pas être catalogués. A mes yeux, à partir du moment où tout le monde commence à suivre une mode, c’est que cette mode est morte.

 

Etait-ce une volonté qui a beaucoup influencé la composition de Noir ?

Nicolas : Pas vraiment. Lorsqu’Amaël et Florestan composent, ils écrivent juste ce qui vient et ce qui sonne bien, sans se poser la question. Ils écoutent de la musique toute la journée, ce qui les influence énormément pendant l’écriture, ils ne se soucient pas du reste et c’est une vraie force. C’est plutôt moi qui fait attention à ce genre de choses, car je ne veux vraiment pas faire partie d’un courant comme tout le monde (Rires). Ce qui m’énerve dans ce mouvement, c’est qu’on cherche absolument à nous coller une étiquette alors qu’honnêtement on s’en fout ! Beaucoup pensent qu’il suffit de s’acheter une guitare 7 cordes pour faire partie du djent, qu’il ne reste qu’à monter un groupe et que ça va marcher automatiquement. Quand je regarde Amaël et Florestan, je sais qu’ils ont plus que de belles guitares et que Novelists c’est beaucoup plus que ça.

 

Aviez-vous envie de tester des choses en particulier pendant la composition de cet album ?

Nicolas :  Ce qu’on écoute tous est assez différent de ce qu’on joue, donc pas tellement. Nos influences viennent plutôt inconsciemment, car on essaye d’éviter le côté « reproduction ». On a un peu tous écouté le dernier album de PVRIS, du Plini aussi, Nothing But Thieves, pas mal de rap pour Mattéo et Charly, Don Broco, While She Sleeps… Beaucoup de choses différentes mais au final très peu de metal !

 

Beaucoup de vos paroles sont assez personnelles, bien que permettant de s’identifier à celles-ci. Qui écrit les textes ?

Nicolas : C’est Mattéo qui écrit les textes. En général, il écrit la majorité, il me les envoie et je les corrige car il n’est pas très à l’aise avec la langue anglaise. (Rires) Amaël, lui, aide beaucoup à composer les lignes instrumentales et les mélodies de voix additionnelles des morceaux.

 

Vous avez réussi au travers des années à garder le même line-up. Qu’est ce qui fait votre force d’après toi ?

Nicolas : Ce n’est pas toujours évident, mais la chose essentielle c’est qu’on parle beaucoup. Quand on est en tournée par exemple j’ai plutôt tendance à jouer la maman, tandis que Mattéo est un peu plus tête en l’air, c’est souvent sur des petites choses que lui et moi allons nous embrouiller. Je pense que notre chance c’est qu’on a tous cette qualité de reconnaître nos torts, Mattéo par exemple n’est pas du tout rancunier et oublie facilement les petites disputes, de la même façon que je sais reconnaître quand j’ai manqué de sang-froid et quand il faut que je m’excuse. On sait tous que la tournée est stressante et qu’on est sous pression. Mais avant tout, on est potes et c’est ça qui nous donne cette force, d’autant plus que l’on a déjà tourné avec des groupes qui ne s’entendent pas et ça se ressent. En ce qui nous concerne, quand on part en tournée, on a l’impression d’être en colo !

 

Vous nous aviez offerts en 2016 un clip très poétique pour le magnifique morceau 5 :12 AM. Peut-on s’attendre à un autre clip du même genre pour un des morceaux de « Noir » ?

Nicolas :  On a envie de changer pour que les gens n’aient pas l’impression de toujours regarder la même chose. Sur cet album, on a décidé de changer en faisant des clips moins cinématiques avec des concepts qui changent. Par exemple, on a sorti un clip live pour le morceau A Bitter End, chose qu’on avait jamais faite.

 

Vous avez eu l’occasion cet été de tourner avec les très grands While She Sleeps. Quelle expérience ça a été pour Novelists ?

Nicolas : En tant que personnes qui écoutent c’était curieux puisque justement on avait complètement mis de côté cet aspect de fans ! En gagnant un peu de notoriété on s’est rendus compte que ce nous ressentions pour leur musique, c’est ce que les gens ressentaient pour la nôtre et ça ne fait pas de nous des personnes spéciales, de la même façon que ça ne fait pas d’eux des gens différents ! Au fur et à mesure, on devient fan de la musique et pas du groupe, même s’ils sont adorables !

« Le but c’est qu’on puisse s’éclater sur scène

tout en faisant plaisir aux fans. »

 

Avec quel groupes aimeriez-vous pouvoir tourner ?

Nicolas : J’aimerai beaucoup tourner avec Alazka, ce sont de bons potes et on parle tout le temps de tourner ensemble. Un de mes rêves serait aussi de tourner avec Deftones. Sinon je dirais que l’essentiel est d’avoir un groupe avec qui le contact passe, comme Breakdown Of Sanity qui étaient les gars les plus gentils que je connaisse. Mon but ça serait de pouvoir leur proposer de se reformer pour une ultime tournée avec nous. Architects aussi, ils ont l’air adorables. PVRIS aussi pourquoi pas ?

 

Une salle particulière où vous aimeriez pouvoir jouer ?

Nicolas : Le Bataclan, je trouve que ça serait symbolique par rapport aux attentats. Notre premier album était sorti ce jour-là, et ça nous avait assez marqué. On avait aussi joué dans un très bel amphithéâtre à Gratz (Autriche), dans la petite salle, j’aimerai bien faire la grande aussi. Pour l’instant notre ambition est surtout de pouvoir ramener du monde sur des tournées headlines, mais c’est clair que le destin des groupes types Bring Me The Horizon qui jouent au Royal Albert Hall ou à la Wembley Arena, ça fait rêver.

 

En parlant de live ; vous avez déjà un album et un EP qui offrent une très belle sélection de morceau qui envoient en live. Avec « Noir » qui arrive en prime, comment faites-vous pour choisir quel morceau jouer et quel morceau laisser de côté ?

Nicolas : Il y a certains morceaux qui se présentent comme une évidence. Par exemple pour des morceaux comme The Light, The Fire ou Gravity qui ont très bien marché, on est obligés de les jouer car on sait que c’est ce que les gens vont vouloir entendre. Il y a aussi des morceaux comme Twenty Years qui nous tiennent vraiment à cœur car c’est le premier qu’on a écrit. Et puis on a des morceaux qu’on a tout simplement pas envie de jouer, notamment si on sait qu’il peut être galère pour l’un de nous, car le but c’est aussi qu’on puisse s’éclater sur scène tout en faisant plaisir aux fans.Mais on adapte aussi en fonction du set ; là on va tourner avec Make Them Suffer qui joue des morceaux plutôt énervés, donc on va aussi montrer notre côté énervé (Rires) !

 

Y a-t-il un artiste avec lequel vous aimeriez pouvoir collaborer ?

Nicolas : Il y a un rappeur anglais qui s’appelle Novelist qu’on adore. On a découvert ça par hasard car beaucoup de personnes nous taguaient par erreur à sa place sur des festivals de rap ! Il est super bon, puis on trouverait ça vraiment cool d’avoir un featuring avec lui, à voir pour le prochain album…Sinon on aimerait aussi pouvoir bosser avec les gars d’Alazka. En fait, on veut collaborer avec des potes, on n’aime pas l’idée de faire un feat juste pour faire un coup de pub. Sur Noir, on a fait un feat avec le chanteur/guitariste de Dream on Dreamer car c’est un gars qu’on adore, par exemple.

 

Quelle est ta chanson préférée sur le prochain album ?

Nicolas :  J’aime beaucoup The Light, The Fire et A Bitter End. Ce sont mes deux préférés et j’aime aussi beaucoup Heal The Wound. En fait j’adore aussi tous les morceaux calmes qu’on a.

 

Si tu devais ne retenir que 3 de vos chansons dans la globalité de votre discographie ?

Nicolas : Forcément Twenty Years déjà, car c’est un morceau très symbolique pour le groupe. Je pense qu’il y aurait aussi Gravity et 5.12 AM. Pour l’instant je n’en cite pas du nouvel album car on a tellement bossé dessus que je n’en peux plus ! (Rires) Pourtant je le trouve génial, et je suis sûr que si tu me poses la même question dans un an je te citerai tous les morceaux de celui-ci.

 

Que peut-on attendre de ce nouvel album ?

Nicolas : Je pense qu’il y en aura un peu pour tout le monde. Il faudra que les gens le check en entier pour se faire leur avis !

 

3 mots pour finir ?

Nicolas : F.A.D. Je ne peux pas te dire la signification car c’est une private joke, mais ils comprendront (Rires) !

 

Interview réalisée le 16.08.17

Noir, disponible depuis le 8 septembre.

 

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